Les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, déclarent assumer «la responsabilité» des attaques ayant notamment visé samedi «le siège du président malien, le siège du ministre de la Défense et l’aéroport international» de Bamako.
Des tirs ont été entendus samedi matin dans plusieurs localités du Mali dont Kati, près de la capitale Bamako, qui abrite la résidence du chef de la junte, le général Assimi Goïta, a appris l’AFP auprès de témoins, d’une source sécuritaire et d’un élu. Outre Kati, ces détonations, non encore revendiquées, ont été entendues à Gao, plus grande ville du nord du Mali, et Sévaré, dans le centre de ce pays sahélien en proie à plus d’une décennie de conflit et de violences djihadistes.
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Des combats ont eu lieu dans la capitale malienne Bamako et dans plusieurs localités dans l’intérieur du pays entre des soldats et des «groupes terroristes» ayant attaqué des casernes, annonçait l’armée malienne dans un communiqué. «Des groupes armés terroristes ont pris pour cibles tôt ce matin du 25 avril 2026 certains points et casernes de la capitale et de l’intérieur» du Mali, ont affirmé les autorités militaires.
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À la mi-journée, des hélicoptères de l’armée, qui ont mené des frappes, tournaient toujours au-dessus de la capitale Bamako, dans les environs de l’aéroport, a constaté un journaliste de l’AFP. À Bamako, les rues sont désertes et des déflagrations sont entendues par intermittence depuis tôt le matin. Les tirs étaient entendus du côté de la base 101 de Senou, zone où se trouve aussi l’aéroport de Bamako. Les détonations étaient souvent espacées de quelques minutes avant de reprendre avec la même intensité.
Les militaires ont pris des mesures répressives contre la presse et les voix critiques
Le Mali est dirigé par des militaires arrivés au pouvoir par deux coups d’État en 2020 et 2021. Le pays est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire nourrie notamment par les violences de groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires et des indépendantistes.
Le régime militaire du Mali, comme ses voisins, Niger et Burkina Faso, également dirigés par des juntes, a tourné le dos à la France et à plusieurs partenaires occidentaux pour se rapprocher politiquement et militairement de la Russie. Le groupe Wagner, qui appuyait l’État malien dans sa lutte antidjihadiste depuis 2021, avait annoncé la fin de sa mission en juin 2025, et est devenu l’Africa Corps, une organisation sous le contrôle direct du ministère de la Défense russe.
Les militaires ont pris des mesures répressives contre la presse et les voix critiques. Ils ont également dissous les partis politiques et des organisations à caractère politique. La junte malienne s’était engagée à remettre le pouvoir aux civils au plus tard en mars 2024, mais a depuis manqué à cette promesse. En juillet 2025, le régime militaire a accordé à M. Goïta un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable «autant de fois que nécessaire» et sans élection.
Kidal, ville clef
Sur le terrain samedi, les djihadistes et la rébellion malienne du Front de Libération de l’Azawad (FLA) étaient présents ensemble dans les combats contre l’armée. Les rebelles touareg du FLA revendiquent avoir pris le contrôle de la ville clef de Kidal, dans le Nord, après avoir attaqué cet ex-bastion de leur rébellion qui était jusqu’ici occupé par l’armée malienne et des militaires russes.
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«La ville de Kidal est passée sous contrôle de nos forces armées», a écrit le groupe FLA dans un message sur Facebook. «Nos troupes du FLA contrôlent Kidal, l’essentiel de Kidal. Le gouverneur de Kidal s’est réfugié avec ses éléments au sein de l’ex-camp de la Minusma», la mission de l’ONU, a déclaré à l’AFP, Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole des rebelles maliens.
Des tirs très intenses ont aussi été entendus samedi dans la ville voisine de Bamako, Kati, qui abrite la résidence du chef de la junte, le général Assimi Goïta, a appris l’AFP auprès de témoins, d’une source sécuritaire et d’un élu.
Spéculations autour du sort du ministre de la Défense
Le sort du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, faisait l’objet de vives spéculations. Selon des habitants, la résidence du ministre a été le théâtre d’une forte explosion qui a causé d’importants dégâts matériels, détruisant une grande partie du bâtiment.
Si des rumeurs persistantes font état de blessures potentielles du haut gradé, son entourage immédiat a formellement démenti ces allégations. Selon ses proches, le général Camara se trouvait hors de son domicile au moment de la déflagration et serait «sain et sauf».
Sur les réseaux sociaux, des habitants de Kati et de la zone aéroportuaire ont publié des images de leurs maisons détruites par les déflagrations.
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«Opération réussie contre l’armée malienne»
Les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont revendiqué une série d’attaques coordonnées avec la rébellion touareg contre des positions stratégiques de la junte au pouvoir au Mali, en périphérie de Bamako et dans plusieurs villes importantes du pays.
Dans un communiqué, le JNIM, qui lutte depuis des années contre les militaires au pouvoir à Bamako, proclame une «victoire», estimant qu’elle est le fruit d’un travail acharné, d’une coordination avec ses «partenaires» et «grâce à la participation active de nos frères du Front de libération de l’Azawad» (FLA, rébellion touareg). «Ensemble nous opérons une véritable transformation, au service de la religion, du pays et du peuple», déclare le groupe dans son communiqué.
Le JNIM déclare assumer «la responsabilité» des attaques ayant visé samedi «le siège du président malien Assimi Goïta, le siège du ministre malien de la Défense Sadio Camara, l’aéroport international» de Bamako, la capitale, et «les sites militaires dans la ville de Kati» voisine, fief de la junte.
Le JNIM affirme également avoir pris la ville-clef de Kidal (nord), «après une opération réussie menée contre l’armée malienne et les mercenaires du corps russe avec la participation de nos partenaires du FLA». Les djihadistes disent aussi avoir pris «le contrôle total de la ville de Mopti (centre) et contrôler la plupart des bastions de l’armée et des mercenaires à Sévaré (centre) et à Gao» (nord).
Influence sur le Sahel
Ces attaques sont les plus sérieuses lancées contre la junte par les djihadistes et le groupe séparatiste FLA depuis des années. En septembre 2024, le JNIM avait revendiqué une double attaque d’une rare ampleur contre l’aéroport militaire de Bamako et contre l’école de gendarmerie, qui avait fait plus de 70 morts et 200 blessés, selon des sources sécuritaires.
Né en 2017 de la fusion de plusieurs chapelles djihadistes, dont la plus importante est la Katiba Macina, le JNIM est dirigé par Iyad Ag Ghaly, un chef touareg de Kidal, près de la frontière algérienne, et étend son influence dans tout le Sahel. Il est désormais le groupe djihadiste le plus influent et la «menace la plus importante dans le Sahel», selon l’ONU.
Il est difficile d’estimer le nombre de ses combattants, mais selon le centre de recherche Timbuktu Institute, la seule Katiba Macina regrouperait de 5.000 à 8.000 hommes. De son côté, le FLA rassemble une fusion de plusieurs groupes à dominante touareg qui revendiquent le territoire de l’Azawad, dans le nord du Mali.