Le mont Blanc a un nouveau record. À peine 4h41 et 24 secondes. Voici le chrono hallucinant signé à ski par Samuel Equy (29 ans) et Mathéo Jacquemoud (35 ans) pour faire l’aller-retour entre Chamonix et le point culminant des Alpes (4 806 m), ce samedi 25 avril, sur une distance de 31 km et un dénivelé positif de 3 800 m. Un temps à peine croyable pour les alpinistes lambda qui triment en général deux longues journées pour venir à bout du toit de l’Europe.
Il faut dire que ces deux skieurs ne sont pas n’importe qui. En plus d’être guides de haute montagne, ce sont surtout des champions de ski alpinisme au palmarès XXL. Parmi leurs principaux faits d’armes, un titre de champion du monde longue distance par équipe glâné ensemble en 2022.
« Tout le monde est très fair-play »
Le départ s’est fait peu avant 7 heures devant les portes de l’église de Chamonix, comme le veut la tradition. Samuel et Mathéo sont partis en basket à travers les rues de la capitale de l’alpinisme, chargés de tout leur matériel de ski sur le dos qu’ils n’utiliseront que vers les 2 000 m d’altitude. En levant les yeux, ils voient la cime ivoirine du mont Blanc qui se détache dans un ciel sans nuage. Elle paraît si lointaine qu’il est difficile de se dire qu’elle sera atteinte 3 heures et 41 minutes plus tard.« La montée s’est très bien passée », nous confie Samuel Equy dans la foulée de son exploit, de retour chez lui en Isère. « J’ai gagné la Patrouille des Glaciers (course mythique en Suisse) il y a quelques jours, donc je savais que j’étais en forme. J’allais plus vite que Mathéo sur le bas et donc j’ai pris un peu d’avance, en sachant qu’il allait combler l’écart au-dessus de 4 000 m où j’étais moins acclimaté que lui. »
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Mathéo, son acolyte, confirme : « À un moment, j’ai même pensé que je n’arriverais pas au sommet dans les temps. Puis j’ai mis le turbo. Au sommet, je n’avais plus qu’une minute 30 de retard sur lui. Je pense que d’avoir fait quatre fois le mont Blanc ces derniers temps m’a vraiment servi. » Mathéo Jacquemoud sort également d’un hiver hors norme, fort d’une traversée intégrale des Alpes en 20 jours au mois de mars et d’un autre record sur la Haute Route entre Chamonix et Zermatt chipé à… son ami Samuel Equy.
Samuel Equy et Mathéo Jacquemoud à l'arrivée à Chamonix./©Victor Barcus
« Le ski alpinisme de haut niveau est un petit monde. On est tous amis, tout le monde est très fair-play. D’ailleurs, l’Italien William Boffelli (qui détendait le record depuis l’an passé) était sur le bord de la trace, au refuge Vallot (4 322 m), pour nous encourager. »
Les conditions sur la montagne sont loin d’être optimales. Au niveau de la Jonction, un dédale de crevasses où deux glaciers entrent en collision, le passage se révèle encore plus délicat que d’habitude et les secondes filent. Un peu plus haut, sur la fine arête des Bosses menant au sommet, la glace vive interdit le moindre faux pas.
« Il suffisait de se tromper de rue et c’était perdu »
Après avoir atteint le sommet simplement habillés de fins collants de compétition malgré le vent glacial, les deux guides plongent dans la descente de la face nord à tombeau ouvert. Mathéo rattrape Samuel et ils finissent ensemble en slalomant entre les blocs de sérac. « Quand on arrive dans Chamonix, notre avance sur le précédent record était infime, à peine deux minutes (la précédente marque italienne était de 4h43’24’’). Il suffisait de se tromper de rue et c’était perdu, s’inquiétait Samuel Equy. Ce n’est qu’en voyant l’église que j’ai enfin pu savourer ! »