PortraitA bientôt 63 ans, l’ancienne directrice d’agence matrimoniale aux multiples vies organise des soirées pour célibataires dans son restaurant A la bonne tablée, à Mortroux. Rien ne lui plaît tant que de former des couples. Une manière pour elle de « contribuer à rendre le monde meilleur ».
Charlotte bleue sur sa nouvelle coupe au carré et tablier autour de la taille, Evelyne Sorel est occupée, en ce jeudi après-midi de la fin du mois de mars, par la préparation de ses trois plats, quatre entrées et autant de desserts pour les services du lendemain quand elle est interrompue par la sonnerie de son téléphone. Une fois, deux fois, trois fois. Tous veulent savoir s’il est encore temps de s’inscrire à la soirée pour célibataires qu’elle organise dans son restaurant, vendredi, comme chaque mois. Ou s’enquérir du nombre de participants, pour s’assurer que des rencontres seront possibles. Ou encore s’il y aura « des nouveaux », pour ceux qui n’auraient pas trouvé de partenaire à leur goût parmi les habitués.
Série « Diagonale de vies » Avec « Diagonale de vies », Le Monde part à la rencontre de personnes qui habitent et font la « diagonale du vide », expression utilisée à la fin du XXe siècle pour qualifier cette bande de terre, des Landes aux Ardennes, touchée par l’exode rural. Grâce à une galerie de portraits, cette série entend repeupler, de manière symbolique, ces zones à faible densité. Episode 1 | Article réservé à nos abonnés Guy Gatignol, le « jeune youtubeur » de 67 ans qui veut montrer que « les gens sont heureux » à la campagne Lire plus tard
Depuis qu’elle a rouvert ce restaurant de Mortroux (Creuse) avec son conjoint, en avril 2024, cette ancienne directrice d’agence matrimoniale s’est donné pour mission de « rapprocher les cœurs qui se cherchent ». C’est à la faveur d’une annonce publiée par la mairie de Mortroux sur Leboncoin que le couple, qui vivait en Normandie, s’est installé dans la Creuse. Renommé A la bonne tablée, il fait partie de ces bistrots dont il faut connaître l’adresse pour s’y arrêter. La bâtisse mitoyenne à la façade en crépi est posée au bord d’une route départementale qui fend le village, le contraignant à s’étaler de part et d’autre de son tracé grisâtre.
C’est par touches que s’exprime la personnalité d’Evelyne. Devant le restaurant, des pots de fleurs roses ; à l’intérieur, des aimants en forme de cœur servent à afficher le menu du jour, et, sur les tables, de petites vaches en porcelaine étiquetées aux noms de ses proches présentent des sachets de sauce.
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