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ENQUÊTE - Vos amis divorcent, votre fil Instagram vous montre des gens rayonnants après leur séparation. Plongée au cœur du «divorce effect» et de la contagion silencieuse qui façonne nos décisions les plus intimes.

Fabien pensait avoir pris une décision rationnelle. À 44 ans, ce dentiste parisien avait mis fin à seize ans de mariage après des mois de réflexion : thérapie de couple, suivi individuel, lectures sur la séparation après 40 ans, discussions avec des proches déjà passés par là. «J’ai longtemps cru que notre divorce avait été le fruit d’une longue introspection», racontait-il dans nos colonnes en février dernier.

Puis il a commencé à relire autrement ce qui avait entouré sa décision. Ses amis fraîchement séparés qui lui racontaient leur nouvelle liberté. Les témoignages de divorces réussis qu’il lisait. Cette petite musique qui se répète : on ne vit qu’une fois, ailleurs serait peut-être mieux. «Rétrospectivement, je trouve que j’ai été faible et influençable», finissait-il par reconnaître, disant ne pas parvenir à oublier la mère de ses enfants.

Sous cet article, plusieurs lecteurs formulaient la même intuition : les réseaux sociaux participeraient à banaliser, voire à valoriser la séparation. L’idée méritait d’être creusée. Peut-on vraiment être influencé dans une décision aussi intime qu’un divorce ? Eh bien, plus qu’on ne le croit.

La contagion, un phénomène documenté

En 2010, une équipe de chercheurs des universités de Harvard, Brown et de Californie publiait une étude menée sur plus de 12.000 personnes suivies depuis 1948 dans le cadre de la célèbre Framingham Heart Study. Leur conclusion avait frappé les esprits : avoir un ami qui divorce augmente de 147% la probabilité de se séparer dans les deux ans qui suivent. Un frère ou une sœur concerné : + 22%. Un collègue proche : + 55%. Les chercheurs parlaient de «contagion sociale du divorce». Mariage, enfants, consommation... nos décisions intimes sont souvent influencées par notre environnement.