Dix ans après ses débuts dans les écoles de musique de Barcelone, la star a opéré dans le cadre de sa tournée mondiale un retour aux sources plein d’émotion, avec quatre concerts au Palau Sant Jordi, la semaine dernière.

Quand elle étudiait la musique à Barcelone, entre 2012 et 2014, Rosalía voulait tout apprendre. Là, pendant ces heures de formation et ses premiers concerts, la jeune femme déterminée à la voix magnétique a entamé un long voyage qui l'a ramenée récemment chez elle avec l'aura d'une star mondiale.

À découvrir TV ce soir : retrouver notre sélection du jour

«Barcelone, je t'aime à la folie», lance-t-elle en catalan, émue, le 13 avril au soir, pendant le premier des quatre concerts qu'elle a donnés la semaine dernière au Palau Sant Jordi dans le cadre de la tournée mondiale entamée après la sortie de son quatrième album.

Publicité

«Merci de me soutenir», poursuit l’artiste de 33 ans, avant de fondre en larmes sous les ovations d'un public qui s'était rué sur les billets. Cette ferveur est identique pour le reste de la partie européenne de sa tournée qui a débuté le mois dernier en France. Sa tournée continue en mai en Europe, avant de faire ensuite étape aux États-Unis, en Colombie, en Argentine ou au Mexique, avec en tout 55 dates à travers le monde.

Ses fans tenaient à la voir chanter de nouveau à Barcelone, la ville où, il y a plus de dix ans, Rosalía a commencé à se faire remarquer, elle qui a grandi dans la commune proche de Sant Esteve Sesrovires. «Il y avait déjà là une intention, une manière très “flamenca” d'aborder la vie, qui consiste à avancer avec assurance», se rappelle pour l'AFP Luis Cabrera, le fondateur du Taller de Músics. La chanteuse s’était inscrite dans cette école en 2010, avant même d'avoir 18 ans.

«Toucher des millions de personnes»

Là, elle s'est essayée à plusieurs disciplines, dont le «cante flamenco» (chant traditionnel flamenco) avec celui qui allait devenir son maître, le «cantaor» Chiqui de la Línea. «Chiqui m'a rapidement parlé, il m'a dit : “C'est une fille qui chante d'une certaine façon, qui fait des ornements qui donnent l'impression que nous sommes dans ce qu'il y a de plus archaïque dans le flamenco mais, dans sa voix, (...) cela paraît très contemporain”», se souvient Luis Cabrera, dans les locaux de l'école où sont accrochées plusieurs photos de sa célèbre ancienne élève.

À lire aussi https://www.lefigaro.fr/musique/peut-on-encore-celebrer-picasso-la-chanteuse-espagnole-rosalia-presente-des-excuses-apres-avoir-fait-son-eloge-20260317?msockid=0f5f5ca34fe36cb036c44be04e8e6de8

Travailleuse et très investie en cours, elle avait déjà une idée claire de la voie qu'elle suivrait. «Elle nous posait beaucoup de questions, toujours en éveil. Mais lorsqu'elle a dit : “Je veux faire ma musique et qu'elle touche des millions de personnes”, j'ai pris peur», raconte en souriant Luis Cabrera.

Le journaliste musical et compositeur Luis Troquel, qui a accompagné Rosalía pendant ses premières années sur la scène barcelonaise, se souvient lui aussi de cette détermination. «Elle me disait qu'elle voulait être une diva mais pas au sens d'une diva distante, plutôt au sens d'une artiste qui, sur scène, chante, danse, soigne beaucoup son image. Et elle y est parvenue mais en mieux encore», explique Luis Troquel, qui a même collaboré à l'écriture des paroles de l'un des titres d'«El mal querer».

Publicité

Une carrière promise depuis toujours

Ce deuxième album de l'artiste, qui l'a propulsée vers la célébrité, a commencé à se façonner à l'occasion de son passage à l'École supérieure de musique de Catalogne (ESMUC), où elle a terminé sa licence de cante flamenco. Comme tous les élèves, pour obtenir son diplôme, elle devait réaliser un travail de recherche et un concert final.

Rosalía a choisi de se pencher sur Flamenca, un roman médiéval anonyme dont elle s'est inspirée pour développer El mal querer, dont elle présentera ensuite les morceaux au cours de l'audition. Sa note, bien sûr, a été excellente. «Tout le monde se souvient de ce concert», souligne Núria Sempere, la directrice générale de l'ESMUC, décrivant une élève «toujours concentrée et bénéficiant d'un soutien très clair de sa famille». Avant d’ajouter : « Elle a su avoir le culot et la confiance en elle nécessaires pour pouvoir intégrer toutes les influences et les présenter au public sans aucune gêne. Pour cela, il faut avoir énormément travaillé ».

À lire aussi «J’ai vomi en coulisses» : malade, Rosalía quitte la scène à Milan et arrête son concert

Chaque année, l'ESMUC n'offre qu'une place dans la spécialité de cante flamenco. Dans sa promotion, elle avait été attribuée à Rosalía, qui finance aujourd'hui cette formation pour les élèves via une bourse. Il y a quelques années, elle est retournée à l'école pour donner une masterclass, partageant des conseils sur la créativité. « Le premier d'entre eux était celui-ci : “Fuck it” (“On s'en fout”), peu importe, tu te lances, tu corrigeras après (...) mais il faut te lancer », explique Núria Sempere. Elle, en tout cas, l'a fait, et avec réussite. Avec deux Grammy Awards, onze Latin Grammy et 28 millions d'abonnés sur Instagram, personne ne la perd plus de vue.