Les combats ont repris dimanche dans la ville de Kidal, dans le nord du Mali, après une journée d’affrontements dans plusieurs zones du pays samedi, dont la périphérie de la capitale Bamako. Les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ont revendiqué cette série d’attaques coordonnées avec la rébellion touareg contre des positions stratégiques de la junte au pouvoir au Mali. L’armée malienne, appuyée par des mercenaires russes, a répondu.

Le Mali est en proie depuis plus d’une décennie aux conflits et aux violences djihadistes, mais depuis la prise du pouvoir en 2020 par la junte, ces attaques de la part des djihadistes et de la rébellion touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) sont sans précédent.

Où se sont déroulés les affrontements ?

Des combats entre l’armée et les assaillants ont commencé samedi à l’aube et se sont poursuivis intensément dans l’après-midi en périphérie de Bamako et dans plusieurs villes, en particulier à Kidal, bastion des groupes armés indépendantistes dans le Nord.

À l’issue de cette journée de violences, le FLA a annoncé contrôler Kidal. La ville avait été reprise en novembre 2023 par l’armée malienne appuyée par des combattants du groupe paramilitaire russe Wagner, mettant fin à plus d’une décennie de contrôle par des groupes rebelles. Les combats ont toutefois repris à Kidal ce dimanche matin. « Nous voulons déloger les derniers combattants russes qui se sont réfugiés dans un camp », a dit à l’AFP un porte-parole des rebelles touareg, Mohamed Ramdane.

Le FLA affirme en outre avoir pris le contrôle de plusieurs positions dans la région de Gao (nord).

Le JNIM a de son côté revendiqué « la responsabilité » pour les attaques ayant visé samedi « le siège du président malien Assimi Goïta, le siège du ministre malien de la Défense Sadio Camara, l’aéroport international » de Bamako et « les sites militaires dans la ville de Kati » voisine.

Des tirs se sont poursuivis également, mais de manière plus espacée, samedi après-midi dans la ville voisine de Bamako, Kati, qui abrite la résidence du chef de la junte, le général Assimi Goïta, et une attaque a eu lieu à Sévaré (centre), selon un journaliste de l’AFP et des résidents.

#Mali autres images du JNIM à Kati, Bamako pic.twitter.com/dnGbXrecyJ — Wassim Nasr (@SimNasr) April 25, 2026

Quels dégâts ?

Les affrontements ont fait 16 blessés civils et militaires et des « dégâts matériels limités », a indiqué, dans un communiqué samedi soir, le gouvernement. « La situation est totalement sous contrôle dans l’ensemble des localités » attaquées, assurait-il avant la reprise des affrontements ce dimanche matin.

À Bamako, des hélicoptères - qui avaient mené des frappes dans la matinée - ont tourné tout l’après-midi au-dessus de la capitale dans les environs de l’aéroport, a constaté un journaliste de l’AFP. Plusieurs artères de la capitale menant à des infrastructures militaires, à l’aéroport et au palais présidentiel de Koulouba étaient bouclées par les forces de sécurité.

Des incertitudes planent sur le sort du ministre de la Défense, du patron du renseignement malien et du chef de la junte malienne. Selon des habitants, la résidence du ministre a été en grande partie détruite par une forte explosion. Son entourage a démenti des allégations selon lesquelles Sadio Camara était blessé.

Dans un communiqué diffusé samedi soir, le JNIM proclame une « victoire », estimant qu’elle est le fruit d’un travail acharné « d’une coordination avec ses partenaires » et « grâce à la participation active de nos frères du Front de libération de l’Azawad ».

Qui sont ces groupes terroristes ?

Le Mali est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire nourrie notamment par les violences de groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires et des indépendantistes.

Parmi les deux groupes revendiqués dans les attaques de ces dernières heures : le FLA, groupe séparatiste de rébellion touareg réclamant le territoire de l’Azawad dans le nord du Mali. Et le JNIM, qui lutte depuis des années contre les militaires au pouvoir à Bamako et est affilié à Al-Qaïda.

En septembre 2024, le JNIM avait revendiqué une double attaque d’une rare ampleur contre l’aéroport militaire de Bamako, la capitale, et contre l’école de gendarmerie, qui avait fait plus de 70 morts et 200 blessés, selon des sources sécuritaires.

Quel lien avec la Russie ?

Dans un communiqué samedi soir, le JNIM, fait inédit, s’adresse à la Russie et « annonce » vouloir « neutraliser la partie russe du conflit, en échange de la non-prise de cible de cette dernière et d’une coordination visant à construire une relation future équilibrée et efficace ». En d’autres termes, il propose de ne pas attaquer les Russes au Mali en échange de la neutralité de Moscou, dont la junte malienne s’est rapprochée politiquement et militairement ces dernières années.

Mais le ministère russe des Affaires étrangères a condamné dans la nuit de samedi à dimanche des « actions des terroristes (qui) représentent une menace directe contre la stabilité de l’État malien, ami de la Russie, et pourraient avoir des conséquences très négatives pour toute la région ».