L’ex-premier président de la Cour des comptes, aujourd’hui membre de la Cour des comptes européenne, s’oppose à la baisse des taxes sur les carburants réclamée par le RN, estimant que cela «coûterait 1 milliard d’euros par mois» et que ce serait «un signal contre-productif».

L’alerte de Pierre Moscovici. À l’heure où le conflit au Moyen-Orient percute le pouvoir d’achat des ménages français, via en particulier l’envolée des prix à la pompe, la France n’a pas les moyens de mettre en place des mesures d’aide généralisées, pointe l’ancien premier président de la Cour des comptes. «Nous n’avons plus de marges de manœuvre» budgétaires, en raison de l’état dégradé des finances publiques, estime-t-il dans un entretien au Parisien paru ce dimanche.

«Nos amis allemands ont mis en place une baisse de 17 centimes à la pompe qui leur coûte cher, à peu près 2 milliards d’euros, et qui n’est pas forcément la meilleure approche. Mais la différence entre eux et nous, c’est qu’ils en ont encore les moyens», note celui qui est aujourd’hui membre de la Cour des comptes européenne. Selon lui, «des mesures permanentes seraient imprudentes. De surcroît, nous n’en avons pas les moyens».

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Il juge ainsi «inadaptées» les propositions de LFI (blocage des prix à la pompe) et du RN (baisse des taxes sur les carburants). «Baisser les taxes coûterait 1 milliard d’euros par mois ; 12 milliards d’euros par an ! Et c’est un signal contre-productif, parce que nous encouragerions la prolongation de l’utilisation d’énergie fossile, alors que la perspective de long terme doit être celle de la décarbonation.»

Le bouclier tarifaire, «une réponse générale, et extrêmement coûteuse»

Mais Pierre Moscovici reconnaît que la crise au Moyen-Orient, en faisant augmenter les prix de l’énergie et des carburants, est une très mauvaise nouvelle pour le portefeuille des Français. «Pour un urbain qui roule peu en voiture et qui se chauffe à l’électricité, ce pourrait être une perte de 250 euros par an. Pour un couple périurbain avec deux voitures, 1000 euros. Et pour une famille rurale, qui se chauffe au fioul , 2000 euros, voire plus», calcule-t-il.

Pour l’ancien ministre de l’Économie, la France traîne comme un boulet le «quoi qu’il en coûte» énergétique mis en place à partir de 2021 et renforcé après le déclenchement de la guerre en Ukraine début 2022. Il juge que ce bouclier tarifaire sur l’énergie, instauré entre 2021 et 2024, a été une erreur.

«C’était une réponse générale, et extrêmement coûteuse. Elle est d’abord allée dans les poches des énergéticiens plus que dans celles des Français, contribuant à prolonger inutilement le “quoi qu’il en coûte”», déplore-t-il, alors qu’un rapport de la Cour des comptes publié en mars 2024 a estimé son coût net à 36 milliards d’euros. «Tout ce qui a suivi, à mon sens, a été une prolongation excessive qui a eu des effets massifs sur les finances publiques, que nous payons aujourd’hui, et qui nous empêchent d’investir et de réagir», ajoute-t-il.