Les annulations de vols se multiplient ces dernières semaines en raison de la guerre au Moyen-Orient. Les tensions dans la région, notamment autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le transport du pétrole, tirent les prix du carburant à la hausse, avec des répercussions directes sur le coût des billets d’avion. Une situation instable qui contraint de nombreux voyageurs à revoir, reporter ou annuler leurs projets pour le printemps et l’été.
Cet été, Cécilia Crépin et son mari se réjouissaient déjà de partir à la découverte du Sphinx, des pyramides de Gizeh ou encore du temple de Louxor en Égypte, accompagnés de leur fille de 5 ans. Mais le voyage de rêve, prévu pour une semaine début juillet et réservé via une agence de voyage, n'aura pas lieu. La famille, originaire de la Drôme, a appris il y a quelques jours l’annulation de son vol vers Charm-el-Cheikh par la compagnie aérienne, en raison de la guerre au Moyen-Orient qui paralyse le détroit d’Ormuz depuis plusieurs semaines.
En effet, certaines compagnies telles qu'Easyjet, Volotea ou encore Lufthansa ont déjà supprimé des vols ou annoncé réduire la voilure "pour des raisons opérationnelles liées à l’instabilité géopolitique résultant du conflit au Moyen-Orient".
"Tout était hors de prix"
"L'agence de voyage nous a contacté par mail pour nous prévenir que la compagnie aérienne avait supprimé tous ses vols directs vers l'Egypte", soupire cette femme de 36 ans. Elle précise avoir été intégralement remboursée, l’agence lui ayant laissé le choix entre un remboursement total ou un avoir correspondant à l’acompte déjà versé.
"Elle nous a proposé deux alternatives mais malheureusement elles ne nous convenaient pas du tout car c'était de très longs vols avec des escales de 18h-20h à Istanbul". Un périple loin d'être idéal avec une enfant de cinq ans.
"On est extrêmement déçus", témoigne cette femme de 36 ans, originaire d'Etoile-sur-Rhône. "On a rarement la chance de partir l'été, en plus c'était notre première fois en Egypte, et on avait vraiment trouvé une belle offre".
Cette année, comme beaucoup de Français, la petite famille a donc renoncé à partir à l'étranger, "quitte à faire un plus beau voyage l'année prochaine". "On a essayé de trouver un plan B à la dernière minute mais avec le prix du kérosène qui a énormément augmenté, tout était hors de prix", relate la mère de famille, assistante administrative de profession.
Selon un sondage Elabe pour BFMTV, un Français sur trois a renoncé ou va renoncer à partir en vacances à cause de la flambée globale des prix du carburant.
"Un peu compliqué cette année vu la conjoncture"
Une flambée des coûts directement liée à l’augmentation du prix du kérosène, qui pèse mécaniquement sur les tarifs des billets d’avion. Chez Air France, il faut déjà compter 10 euros de plus en moyenne aller-retour pour les vols courts et moyens-courriers, et 100 euros pour les longs-courriers. Le groupe essaie néanmoins de rassurer les voyageurs: "pour Air France à ce stade il n'y a pas de pénurie de carburant. Notre programme de vol opère normalement".
"Au final, on s'est dit que ce serait peut-être un peu compliqué vu la conjoncture... Alors tant pis, on ne part pas cette année et ça nous fera faire des économies". Au programme, Cécilia, son mari et leur fille comptent "faire simple": "profiter à la maison" et faire quelques week-end sur la côte d'Azur, qui n'est pas très loin de chez eux.
Des passagers en train d'attendre leurs valises à l'aéroport. © Flickr - CC Commons
Malgré la déception, Cécilia Crépin reconnaît avoir ressenti une forme de soulagement à l’annonce de l’annulation. "C’est peut-être un mal pour un bien: on n’aurait peut-être pas profité des vacances comme prévu, avec le stress de la situation actuelle une fois sur place, on se demande quand même si ce n’est pas mieux comme ça. De toute façon ces dernières semaines on hésitait un peu à partir, on se demandait si ce n’était pas risqué..."
Dans le doute, d'autres voyageurs ont pris les devants. C'est le cas de Virginie et son mari Karim, qui ont décidé d'annuler d'eux-même leur voyage d'une semaine en hôtel club en Egypte prévu début avril, à quelques semaines seulement de l'échéance. "On voulait partir pour décompresser un peu du travail loin de la France, mais quand on a vu tout ce qui se passait à proximité, on a commencé à déchanter", raconte Karim, agent de la fonction publique de 49 ans.
"Unanimes sur le fait de ne pas prendre de risques"
"On a eu peur alors on a préféré tout annuler", appuie son épouse. Face aux incertitudes sur la sécurité, le couple a hésité quelques jours avant de prendre une décision commune. "On s’est posé la question pendant un ou deux jours, puis on a été unanimes sur le fait qu'il valait mieux ne pas prendre de risques inutiles". Avec le recul, un léger regret subsiste: "On est déçus de ne pas y être allés, surtout en voyant sur les réseaux sociaux que la situation était stable en Egypte."
Virginie et Karim ont été remboursés de l’ensemble du séjour, à l’exception des billets d’avion, qu’ils ont dû reporter à une date ultérieure, avec un surcoût d’environ 300 euros. Ils ont finalement choisi de partir au Maroc en octobre, une destination plus rassurante dans ce contexte, car plus proche de l'Europe.
"Je suis très déçue, j’adore l’Égypte et j’espère pouvoir y retourner un jour", confie Virginie. "Mais même pour octobre, on n’a pas voulu reprendre cette destination, par précaution. On était au début du conflit, il a fallu se décider très vite, et on a préféré ne pas partir trop loin".
"Le plus frustrant, c'est que pour des personnes comme nous, ce sont souvent des années d'économies et d'organisation", râle aussi Carolie Viazac, auxiliaire de puériculture au Grau du Roi (Gard) dont le voyage à Los Angeles, aux Etats-Unis pour début septembre a aussi été bouleversé à cause des annulations de vol. "On réserve longtemps à l'avance pour avoir les meilleurs tarifs, on planifie tout... tout peut-être remis en question sans vraiment de solution".
"Aujourd'hui, même si j'ai racheté un vol 400 euros de plus avec une autre compagnie, mais rien ne me garantit que celui-ci ne sera pas annulé du jour au lendemain d'ici la date de mon voyage", poursuit-elle, frustrée par l'instabilité ambiante. "Dans ce cas-là, je pourrais perdre tous les frais engagés sans forcément de remboursement: le logement, l'ESTA, la location de voiture, les visites de parcs. C'est rageant!"
"On est trop dans le flou encore"
Certains, comme Raphaël, ont finalement opté pour une solution plus sûre cet été: des vacances en France. Cet étudiant de 22 ans, en immobilier, avait initialement prévu un road trip en solo en Indonésie. Mais s’y étant pris tard pour réserver, il s'est vu confronté au déclenchement de la guerre entre l'Iran et à la hausse des prix, il a vu le coût des billets s’envoler jusqu’à 2000 euros, rendant le projet impossible.
"D'une part, c'est trop cher. Ensuite j'avoue j'ai peur de rester bloqué en Asie", confie le jeune homme. "On est trop dans le flou encore pour pouvoir réserver quoi que ce soit, on ne sait pas du tout comment ça va évoluer".
Par prudence, le jeune Parisien a lui-aussi finalement revu ses ambitions à la baisse: cette année, direction la Normandie pour découvrir une région qu’il ne connaît pas encore. Et cette fois, pas de road trip improvisé puisque la hausse des prix des carburants aura eu raison de la voiture: il prendra donc le train.