Réservé aux abonnés

CHRONIQUE - Pendant les Trente Glorieuses, l’Europe avait rattrapé son retard de productivité. Elle décroche depuis quarante ans, en raison de son incapacité à mener des politiques industrielles communes.

« Ce que tu as hérité de tes pères acquiers-le afin de le posséder. » Cette phrase mystérieuse de Goethe à la fin du premier Faust a nourri bien des propos sur les méandres de l’héritage. Elle éclaire aussi le bilan des dirigeants européens des dernières décennies, qui ont vu se défaire sous leurs yeux l’héritage de leurs pères : la reconstruction d’une Europe non seulement prospère et socialement généreuse, mais aussi puissante. Retard technologique, énergie chère, fragmentation du marché qui se voulait unique, sous‑investissement chronique… Le rapport Draghi, publié à l’automne 2024, a longuement pointé les racines du décrochage contemporain vis-à-vis des États-Unis ou de la Chine et détaillé quelques leviers de reprise en main, qui peinent à être mis en œuvre.

Dans un essai passionnant sur les moteurs de la croissance, l’économiste Antonin Bergeaud rappelle que l’Europe a déjà su remonter une telle pente. Dans l’après-guerre, l’écart de productivité entre le Vieux Continent et les…