Sur la porte du bureau, une feuille A4 annonce la couleur. Lettres noires sur fond blanc. Marie Mandelli Laurys Daligault Maires. Au pluriel. Vous avez bien lu. À La Bazouge-de-Chemeré (Mayenne), depuis les dernières élections municipales, deux élues partagent l’administration et la représentation de la commune (508 habitants pour l’INSEE, 497 pour l’État). « Dans une petite commune, le maire fait tout. À deux, c’est plus simple », résume Laurys Daligault. « La charge mentale est mieux répartie », complète Marie Mandelli.
Toutes deux siègent au conseil municipal depuis 2014. Marie Mandelli a été élue maire en 2022, après la démission de son prédécesseur. Laurys Daligault était sa 2e adjointe. « Bien se connaître est essentiel pour ce fonctionnement », explique Marie Mandelli. Tout comme le partage des valeurs et l’absence d’ego. « Les gens ont vite compris le système », assure Laurys Daligault. Certains doutent encore mais beaucoup saluent les deux élues d’un « Bonjour mesdames les maires ! » dépourvu d’ironie mais pas de fierté.
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Un tel binôme est inédit en Mayenne. En France, il y aurait une quinzaine d’exemples. Il n’existe aucun décompte officiel car la loi ne prévoit pas ce cas de figure. « On flirte un peu avec le cadre légal, admet Marie Mandelli. Mais c’est comme ça. » Exemple : la préfecture organise une réunion des maires du département, mardi 28 mai. « Nous avons demandé si on pouvait venir à deux », raconte Marie Mandelli. Réponse : « Un seul représentant par commune. » « Donc, nous n’irons pas », annonce le duo.
Le dispositif bazougéen est la conséquence logique de la gouvernance partagée instituée lors de l’élection de Marie Mandelli, qui permet aux élus de participer activement au processus de prise de décision. « Nous avons voulu rompre avec le principe pyramidal », insiste Laurys Daligault.
Ici, chacun des onze élus, adjoint ou pas, a une délégation. Il conduit un projet au sein d’un groupe d’agents techniques et de citoyens. « Nous agissons en autonomie », garantit Noëlla Masserot, adjointe chargée de la Vie sociale. Les résultats sont soumis à « La Fabrique », composée des conseillers et de leurs deux suppléants, qui intervient en amont pour dissiper un doute, proposer un amendement ou valider, puis c’est le vote en conseil municipal.
Élus et suppléants ont suivi une formation
« Le processus est fluide puisque les sujets sont mutualisés », souligne Marie Mandelli. Pour plus d’efficacité élus et suppléants ont suivi une formation et respectent un « cadre de fonctionnement » en 16 formules – « écoute », « franchise », « honnêteté », « non-jugement », « humour » ou « bienveillance »… « C’est un exercice démocratique », insiste Laurys Daligault. Il suppose engagement et transparence.