Le ministre malien de la Défense, un des principaux responsables de la junte au pouvoir depuis 2020, a été tué dans l’attaque menée samedi par la branche sahélienne d’Al-Qaïda contre sa résidence, a appris l’AFP dimanche auprès de sa famille, de sources gouvernementales et militaires.

« Dans l’attaque de Kati, le ministre (Sadio) Camara a été tué ainsi que sa seconde femme (…) », a indiqué un membre de sa famille. « Nous avons perdu un être très cher, le ministre de la Défense. Il est tombé sur le champ d’honneur », a déclaré une source gouvernementale, confirmée par d’autres sources militaires.

Selon des habitants, la résidence du ministre à Kati a été en grande partie détruite samedi par une forte explosion. Son entourage avait démenti des allégations selon lesquelles Sadio Camara était blessé.

Des attaques inédites

Le Mali est en proie depuis plus d’une décennie aux conflits et aux violences djihadistes, mais depuis la prise du pouvoir en 2020 par la junte, les attaques samedi des djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, allié à Al-Qaïda) et de la rébellion touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) sont inédites.

Dès l’aube samedi, des combats ont opposé l’armée et les assaillants et se sont poursuivis intensément dans l’après-midi en périphérie de Bamako et dans plusieurs villes du pays, dont Kati, fief de la junte près de Bamako, mais aussi à Kidal (nord), Gao (nord) et Sévaré (centre). Ils ont fait 16 blessés civils et militaires et des « dégâts matériels limités », a indiqué le gouvernement dans un communiqué samedi soir.

Le général Assimi Goïta, chef de la junte, n’a pas été vu ni n’a pris la parole depuis le début des hostilités. Une source sécuritaire malienne a indiqué à l’AFP qu’il « a été exfiltré de Kati dans la journée de samedi et se trouve en lieu sûr ». Mais plusieurs observateurs s’étonnent de son silence, ainsi que de celui des deux autres juntes de l’Alliance des États du Sahel (AES), une confédération qui, outre le Mali, regroupe le Niger et le Burkina Faso.

Les combats ont repris dimanche matin entre les rebelles et l’armée, soutenue par des mercenaires russes, à Kidal (nord) et à Kati. Dimanche, le JNIM et les rebelles touaregs ont annoncé être parvenus à un « accord » permettant aux soldats russes de l’Africa Corps (organisation paramilitaire russe contrôlée par Moscou) de se retirer de Kidal, qu’ils disent « désormais » contrôler « totalement. »

Un « travail acharné »

Le FLA, groupe séparatiste réclamant le territoire de l’Azawad dans le nord du Mali, avait assuré samedi contrôler Kidal après des combats dans cette ville, bastion de la rebellion touareg. Mais les combats y ont repris dimanche matin, selon les rebelles, qui ont dit vouloir « déloger les derniers combattants russes qui se sont réfugiés » dans un camp, a dit un porte-parole, Mohamed Ramdane.

Selon une source diplomatique interrogée par l’AFP à la mi-journée, « les combattants russes de Kidal ont décidé de quitter leur position » et se « coordonnent avec les rebelles du FLA sur leur départ ». Kidal avait été reprise en novembre 2023 par l’armée malienne appuyée par des combattants du groupe paramilitaire russe Wagner (devenu Africa Corps depuis), mettant fin à plus d’une décennie de contrôle par des groupes rebelles.

Le FLA revendique en outre avoir pris le contrôle de plusieurs positions dans la région de Gao (nord). À Kati, ville-garnison et fief de la junte au pouvoir depuis 2020, des tirs « sporadiques et nourris par moments » ont été entendus dimanche, ont affirmé à l’AFP des habitants.