Le début de la fin d’un feuilleton… ou seulement la fin du début ? Après six mois de travaux et quelque deux cents heures de débats parfois houleux — « un cirque pas possible », va jusqu’à grincer un professionnel de la télévision — la ligne d’arrivée approche, du moins sur le papier, pour le désormais fameux rapport Alloncle sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public.
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Un vote dont l’issue, encore incertaine, va conditionner le reste du calendrier sur ce sujet hautement inflammable à un an de la présidentielle. « Plus rien ne pourra être comme avant », prévenait récemment le député RN et ancien journaliste de LCI Philippe Ballard dont le parti défendait aux dernières législatives la privatisation de l’audiovisuel public.
Sur quoi vont voter les députés ?
Chaque camp politique possède des représentants au sein de la commission. Leurs députés ne se prononceront pas ce lundi sur le fond des propositions de Charles Alloncle mais sur le caractère « publiable » du rapport. « Mon seul critère sera : est-ce que les faits rapportés dedans sont vrais ? » expliquait, par exemple, le député LFI Aurélien Saintoul, il y a encore quelques jours.
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En clair, un vote ne vaut pas adhésion. Mais il ouvre la voie à la suite logique du cheminement parlementaire, à savoir le fait de rendre le document public une semaine plus tard, le 4 mai. Et donc de l’introniser dans le débat public.
Le rapport peut-il être retoqué ?
Jusqu’à ces dernières heures, ce n’était pas le scénario privilégié. Loin de là. Un vote négatif est rarissime à ce stade des réjouissances à l’Assemblée. Si une majorité de non l’emporte, c’est l’ensemble du travail parlementaire qui va à la poubelle : le rapport sera caduc, ses mesures chocs mortes-nées, les heures de vidéo d’auditions supprimées.
Dans les couloirs de l’Assemblée, ces derniers jours, même les élus les plus opposés à un détricotage de la télé et radio publiques ne semblaient pas en faveur d’un non. Car enterrer le rapport Alloncle pourrait ériger l’ambitieux élu ciottiste en « martyr de la liberté d’expression ». « Si on vote contre la publication, il va crier à la censure et sortira dans un mois un livre chez Fayard (maison d’édition de la galaxie Bolloré) sur Le rapport enterré », prédisait en fin de semaine un élu de gauche.
« Je pense que sa non-publication aurait des effets délétères. Cela créerait une suspicion généralisée sur l’audiovisuel public et le Parlement », estimait en écho Céline Calvez, députée Ensemble pour la République.
Pourquoi la situation s’est-elle tendue ?
La multiplication des sorties médiatiques de Charles Alloncle, qui a fait la une, le 22 avril, du JDNews, un hebdomadaire de la galaxie Bolloré, avant de participer ce samedi à une table ronde organisée par l’élu RN Jean-Philippe Tanguy sur « les gabegies » du service public, notamment à France Télévisions, n’a pas été du goût de certains de ses collègues. D’autant que son rapport est censé rester strictement confidentiel jusqu’au 4 mai.
Une règle à laquelle Alloncle se plie officiellement — il a ainsi annulé sa participation à une matinale à la radio en fin de semaine, faute de pouvoir encore entrer dans le détail des mesures qu’il préconise —, mais qui ne l’empêche pas de faire entendre sa petite musique.
« La semaine qui précède le vote sur un rapport est dédiée à sa finalisation et à sa consultation et exige par conséquent un devoir de réserve de l’ensemble des membres de la commission d’enquête », l’a tancé ce samedi le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, dans un communiqué.
Qu’ont révélé les fuites dans la presse ?
En parallèle, depuis jeudi 23 avril dans la soirée, les fuites dans la presse ont largement émoussé le secret entourant le document. Au menu : un milliard d’économies (sur les quatre alloués à l’audiovisuel public), disparition annoncée de France 5, suppression de 75 % du budget des jeux et divertissement de France Télévisions, réduction de la couverture du Festival de Cannes, amputation d’une des formations musicales de Radio France, fin d’antenne au Mouv’ (radio publique dédiée au hip-hop)…
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Autres suggestions du député de l’Hérault : interdire pendant trois ans aux anciens dirigeants de France Télévisions de se convertir dans des sociétés de production ou bien encore redonner au locataire de l’Élysée le pouvoir de nommer les patrons de l’audiovisuel public après avis de l’Arcom et des commissions parlementaires des Affaires culturelles. Un « retour à l’ORTF », cinglent ses détracteurs.
« C’est surtout un rapport de cost killer (chasseur de coûts) qui veut prendre un milliard d’euros pour le donner au patrimoine », synthétise un élu ayant lu le document. « « J’ai fait un travail de salubrité publique », indiquait de son côté l’intéressé au début du mois.
Les préconisations du rapporteur ciottiste ne sont en tout cas déjà plus trop confidentielles. « La manœuvre de certains députés et médias complaisants est grossière », s’offusque Charles Alloncle sur ses réseaux sociaux, accusant ses adversaires d’avoir fait fuiter son rapport pour l’affaiblir dans la dernière ligne droite.
Le rapport de force a-t-il changé ?
Mais face aux questions de fond persistent surtout des histoires de forme. Selon certains des députés membres de la commission invités à consulter le document — sans avoir le droit de le photographier —, celui-ci ne brille pas par une rigueur implacable. « Ce n’est pas seulement la lettre qui ne va pas, c’est l’esprit : mentir, insinuer, grossir le trait », fustige une députée de gauche. « La pagination est mal faite, les titres aussi, ce n’est pas un rapport digne de l’Assemblée nationale », tacle un collègue centriste.
Résultat, le rapport de force semble avoir évolué ces dernières 48 heures. À l’image de ce député qui pensait « plutôt voter au départ pour la publication » mais qui va « probablement changer d’avis ». « C’est la probité de nos institutions qui est en jeu, poursuit cet élu. On ne peut pas publier un rapport qui contient des erreurs factuelles. »