La Cour suprême israélienne impose des sanctions financières aux ultraorthodoxes refusant la conscription militaire
La Cour suprême israélienne a ordonné dimanche à l’Etat d’imposer des sanctions financières aux juifs ultraorthodoxes ayant refusé la conscription obligatoire, dans un nouvel épisode du contentieux entre justice et exécutif sur cette question.
Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou devait faire voter une loi afin d’enrôler les juifs ultraorthodoxes, largement exemptés de service militaire. Mais le premier ministre, tributaire de ses alliés ultraorthodoxes pour se maintenir au pouvoir, a jusqu’ici repoussé l’adoption d’un tel texte, privilégiant un projet de loi qui permettrait au contraire aux ultraorthodoxes d’échapper au service militaire.
Ce projet de « loi de désertion », comme l’appellent ses opposants, heurte la base électorale de M. Nétanyahou et une large majorité d’Israéliens, à l’heure où des dizaines de milliers d’appelés et réservistes restent mobilisés, notamment à Gaza et contre le Hezbollah libanais.
Les élèves des yeshivot (instituts talmudiques), qui bénéficiaient d’une exemption, sont appelés automatiquement au service mais refusent en majorité de s’y rendre, sans subir de sanctions comme la loi l’impose, en théorie. La Cour exige essentiellement la suppression d’avantages financiers dont bénéficient les ultraorthodoxes, notamment en matière d’impôts locaux et pour les transports publics, ainsi que des subventions pour les crèches. Arié Déri, le chef du plus grand parti ultraorthodoxe, Shass, a dénoncé « une atteinte grave (…) aux fondements mêmes de l’existence du peuple juif en Israël ».
Depuis la création d’Israël, en 1948, les juifs ultraorthodoxes bénéficient d’une exemption militaire de facto, à condition qu’ils se consacrent à l’étude à plein temps en yeshiva. Cette exception a été remise en cause par la Cour suprême au début du siècle, ce à quoi les exécutifs successifs ont répondu avec des arrangements législatifs temporaires pour contenter les ultraorthodoxes, faiseurs et tombeurs de gouvernements. Ils représentent 14 % de la population juive d’Israël, et un réservoir d’environ 66 000 hommes en âge de servir dans l’armée.