« Quitte à crever, autant le faire devant les portes !!! » , écrit un syndicaliste sur X. Plusieurs prisons françaises connaissant ce lundi matin des blocages à l’appel d’un syndicat de surveillants pénitentiaires, l’Ufap-Unsa, pour demander des mesures d’urgence contre la surpopulation carcérale et les sous-effectifs, entraînant une forte insécurité.
Des actions regroupant plusieurs dizaines de personnes ont notamment lieu à Bois-d’Arcy (Yvelines), Lyon-Corbas (Rhône), Bourges (Cher) ou Villeneuve-lès-Maguelone comme Béziers (Hérault), empêchant parfois les extractions de détenus. À Beauvais (Oise), Amiens (Somme) ou encore Douai (Nord) et Béthune (Pas-de-Calais) notamment, étaient bloquées par du personnel, et des débrayages ont eu lieu.
Selon les estimations du syndicat, 80 établissements pénitentiaires sur un peu moins de 190 ont ou vont se joindre au mouvement. « S’il faut rester 15 jours, on restera 15 jours », a promis, devant la prison de Valence (Drôme) Fabrice Salamone, délégué local Ufap-Unsa Justice. « On n’a pas assez de personnel pour remplir nos missions, on travaille en complète insécurité. On a une surpopulation carcérale qui est endémique, à entasser 4 voire 5 détenus dans une même cellule », a-t-il expliqué à ICI Drôme Ardèche.
Promiscuité, agressions…
En Martinique, les surveillants voulaient lancer le blocage total du centre pénitentiaire de Ducos à 4 heures du matin (10 heures en métropole). « D’ici septembre 2026, l’établissement pourrait compter 34 agents en moins sur un total de 294 surveillants », dénonce sur Outremer la 1re Stéphane Lordelot, secrétaire général du syndicat pour la Justice Martinique. Selon lui, l’établissement déjà saturé est obligé d’accueillir de nouveaux détenus en raison de la montée de la criminalité organisée et du trafic de stupéfiants. « Avec plus de 100 matelas au sol, la situation favorise la délinquance. La promiscuité entre détenus de droit commun et figures du grand banditisme complique encore plus la gestion quotidienne et compromet les missions de réinsertion » a-t-il expliqué.
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« La pénitentiaire à l’arrêt ! Surpopulation, manque de personnels (5 000 postes vacants), agressions (5 000/an). Stop, ça suffit ! », martèle l’Ufap sur X, interpellant le gouvernement et le ministre de la Justice Gérald Darmanin.
????#prison ???????? : la pénitentiaire à l'arrêt ! Surpopulation, manque de personnels (5000 postes vacants), agressions (5000/an). Stop, ça suffit ! @gouvernementFR doit agir ! La santé et la sécurité des agents sont en danger @afpfr @ici_officiel @GDarmanin pic.twitter.com/cEHnyHVgYG — UFAP UNSa Justice (@syndicatufap) April 27, 2026
Qui ne découvre pas la situation : surveillants comme directeurs de prison alertent depuis des mois sur un système pénitentiaire au bord de l’explosion. Mois après mois, le record de surpopulation carcérale est battu en France. Selon les derniers chiffres officiels, le taux d’occupation global était au 1er mars de 137,5 %, avec 87 126 détenus pour moins de 63 500 places, un nouveau record dans un contexte de surpopulation carcérale chronique. Au rythme actuel de 200 détenus supplémentaires chaque semaine, la barre des 90 000 incarcérés sera bientôt franchie.
« Entrepôt humain »
La France figure parmi les très mauvais élèves en Europe, seules la Slovénie et Chypre présentant des taux supérieurs mais avec des populations bien inférieures. Fin janvier, le Conseil de l’Europe a dénoncé l’état de prisons françaises, surpeuplées et souvent insalubres, alertant sur le risque d’une évolution vers un « entrepôt humain ».
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Un projet de loi en préparation contre la surpopulation carcérale prévoit notamment de mettre un terme à la pratique des matelas posés au sol dans des cellules, faute de lits suffisants. Au 1er mars, quelque 7 000 détenus dormaient par terre.
La semaine dernière, le ministre de la Justice a mis l’accent sur la hausse des expulsions de détenus étrangers « qui représentent 25 % de notre population carcérale et contribuent donc à la surpopulation de nos prisons ». « Nous continuerons d’accroître les expulsions d’étrangers détenus, afin de lutter contre le fléau de la surpopulation carcérale qui dégrade les conditions de travail des courageux agents pénitentiaires, et empêche de lutter efficacement contre la récidive », écrivait sur X Gérald Darmanin.
Être ministre, c’est faire concrètement des choses. Changer des situations pour le bien de la France et de ses habitants. C’est ce que j’ai fait avec l’impôt à la source, la sécurité des Jeux Olympiques de Paris, les prisons de haute sécurité. Même si c’est difficile, il faut… — Gérald DARMANIN (@GDarmanin) April 22, 2026