Le duel entre l’homme le plus riche du monde et le puissant patron de ChatGPT arrive devant la justice. Un tribunal fédéral californien accueille ce lundi la sélection du jury qui doit examiner la procédure intentée par Elon Musk contre un autre capitaine de l’industrie de l’intelligence artificielle américaine, Sam Altman. Ce dernier est accusé d’avoir trahi la vocation non lucrative d’OpenAI, qu’ils ont créé ensemble.
Ce procès, qui doit durer jusqu’au 18 mai, sera étudié de près. Il remet sur la table une question fondamentale : qui doit contrôler l’intelligence artificielle et au profit de qui ?
Que reproche Elon Musk à Sam Altman ?
L’histoire remonte à 2015, quand Sam Altman convainc Elon Musk de cofonder OpenAI, promettant un laboratoire à but non lucratif dont « la technologie appartiendrait au monde ». Elon Musk investit 38 millions de dollars.
Dix ans plus tard, OpenAI est devenu un colosse commercial valorisé 852 milliards de dollars, préparant son entrée en bourse. Elon Musk, lui, a fini par monter son propre laboratoire : xAI, récemment absorbé dans son entreprise SpaceX valorisée 1 250 milliards de dollars. Il est en lice pour devenir l’introduction en Bourse la plus monumentale de l’histoire du capitalisme.
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En septembre 2017, Elon Musk menace de couper les vivres s’il n’obtient pas la garantie qu’OpenAI restera une organisation à but non lucratif. Sam Altman lui répond par courriel : « Je reste enthousiaste à l’égard de la structure à but non lucratif ! » Mais quelques mois plus tard, la fondation OpenAI crée sa filiale commerciale. En 2019, Microsoft commence à y investir puis porte son engagement à 13 milliards de dollars. Une participation désormais valorisée environ 135 milliards.
La procédure judiciaire a révélé une masse de communications internes d’OpenAI, détaillant les tensions qui ont culminé avec l’éviction temporaire de Sam Altman en novembre 2023. Alors que ce dernier continuait d’affirmer publiquement le maintien du statut non lucratif, Greg Brockman, cofondateur et président d’OpenAI, lui écrivait en novembre 2017 : « Si dans trois mois on fait une société commerciale, alors ce serait un mensonge. »
Quelle est la défense de Sam Altman ?
OpenAI a déposé des contre-plaintes contre Elon Musk, voyant dans ses attaques en justice une manœuvre anticoncurrentielle favorable à xAI. L’entreprise assure que le multimilliardaire savait dès 2017 qu’un tournant commercial était inévitable et que les négociations n’ont pas échoué sur la mission, mais sur son exigence de contrôle absolu.
« Cette affaire a toujours été motivée par l’ego, la jalousie et le désir de ralentir un concurrent », a répété l’entreprise en avril. Elle dénonce notamment la création discrète par Elon Musk en mars 2023 de xAI, quelques jours avant que l’entrepreneur ne propose un moratoire de six mois sur le développement de l’IA qui aurait ralenti ses concurrents.
Témoin clé d’Elon Musk, Shivon Zilis, mère de quatre de ses enfants, sera auditionnée au cours de la procédure. OpenAI attaquera la crédibilité de celle qui a siégé à son conseil d’administration de 2020 à 2023 tout en dissimulant sa relation avec Elon Musk. Par SMS, elle lui demandait en 2018 si elle devait rester « proche et amicale » d’OpenAI « pour que les informations continuent de circuler ».
Que peut décider le tribunal ?
Le jury du tribunal d’Oakland doit trancher d’ici le 18 mai : cette transformation d’OpenAI est-elle le fruit d’une trahison délibérée ou la conséquence inévitable des réalités du marché ? À noter que la juge Yvonne Gonzalez Rogers a décidé que le verdict du jury ne serait que consultatif et se réserve le droit de décider du montant des réparations en cas de décision favorable à Elon Musk.
Ce dernier réclame le retour d’OpenAI à son statut non lucratif, ce qui bloquerait son entrée en bourse, mais souhaite aussi évincer Sam Altman et Greg Brockman d’OpenAI. Il demande également la rupture les liens avec Microsoft, dont le patron Satya Nadella est attendu à la barre. L’homme le plus riche du monde réclame aussi jusqu’à 134 milliards de dollars de dommages, s’engageant à verser les éventuelles réparations à la fondation à but non lucratif OpenAI.