Tenu en échec par Nice dimanche (1-1), Marseille voit la Ligue des champions s’éloigner un peu plus. Entre des supporters mécontents, un directeur sportif sur le départ et un entraîneur désemparé, l’avenir s’annonce inquiétant.
Le football a le sens de l’ironie. Elye Wahi, l’un des joueurs les plus chers de l’histoire de l’OM (27 M€), symbole d’une ambition retrouvée à l’été 2024, alors que Roberto De Zerbi était nommé entraîneur, a peut-être enterré les derniers espoirs de Ligue des champions des Olympiens. Qui plus est d’une panenka sur penalty, dimanche au stade Vélodrome, à la 88e minute, pour ramener le point du nul à Nice (1-1), après une outrageuse domination olympienne.
«C’est difficile de vivre ce qu’on vit. J’ai l’impression de ne pas pouvoir amener l’OM là où il doit être», a confié Habib Beye, dont l’équipe n’a gagné qu’un seul de ses six derniers matches de Ligue 1, s’écroulant dans le sprint final pour l’Europe. Voilà Marseille 6e avec 53 points, distancé par Lyon (3e, 57 pts), Lille (4e, 57 pts) et Rennes (5e, 56 pts), à trois journées du terme. Pour rappel, la 3e place qualifie directement pour la prochaine Ligue des champions, la 4e place oblige à passer par les tours préliminaires, la 5e envoie en Ligue Europa, et la 6e en barrages de la moins sexy et moins lucrative Ligue Conférence.
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McCourt et les joueurs tancés par le Vélodrome
Plus que les joueurs, c’est tout un édifice qui menace de s’écrouler. Le directeur sportif, Medhi Benatia, a acté son départ au terme de la saison. Beye semble déjà à court de solutions. Stéphane Richard, présenté il y a trois semaines comme le nouveau président du club, après la fin en eau de boudin de Pablo Longoria (écarté en février) et l’intérim d’Alban Juster, entrera en fonctions le 1er juillet. Il lui faudra tout repenser, de A à Z, avec une marge de manœuvre limitée sur un mercato qui s’annonce pourtant mouvementé. Qui doit l’être, d’ailleurs, selon les supporters.
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«Des joueurs qui préfèrent abandonner plutôt que combattre», ont pointé du doigt des banderoles au stade Vélodrome dimanche, qui n’ont pas épargné non plus le propriétaire Frank McCourt, dix ans après son rachat de l’OM. «Ambition : LDC. 9 mois plus tard, dégoût : Conférence Ligue ou rien...» ou encore «26-27 : on ne sait pas où on va mais on y va... droit dans le mur», pouvait-on lire.
Beye, choisi à la mi-février après le départ fracassant de De Zerbi, consécutif à un fiasco en Ligue des champions et une gifle en L1 sur la pelouse du PSG (5-0), a déjà usé de multiples leviers. Dont deux stages, fin février et début avril, à Marbella (Espagne), d’abord pour rehausser la condition physique de ses ouailles, puis pour laver les têtes. Clairement, le second objectif s’est soldé par un échec. Et les gueulantes intempestives de Benatia ont ressemblé à des coups d’épée dans l’eau.
Beye a encore un an de contrat
«Il ne faut pas se résigner. Il y a encore neuf points à prendre. Ça s’éloigne, oui, mais tant que rien n’est perdu, on ne peut pas baisser la tête», a encouragé Beye, 48 ans, dont le contrat court jusqu’en 2027, et qui devra rendre des comptes. L’OM était, à son arrivée, devant Rennes, qu’il a quitté pour ce club dont il a été le capitaine fut un temps, dont il est redevenu le commandant de bord, mais qui coule avec lui. L’ex-international sénégalais répète à qui veut l’entendre que lui et les siens se retranchent «dans le travail».
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Les comptes, il faudra aussi les faire, sans la Ligue des champions. «L’OM est un des clubs les plus forts et stables au niveau financier en Europe. Nous n’avons pas une grosse dette», jurait McCourt en avril, tout en admettant être «ouvert à un partenaire stratégique pour réaliser notre ambition». C’est que l’homme d’affaires de 72 ans ne remettra pas des sous dans la caisse indéfiniment.
Frank McCourt, propriétaire de l’Olympique de Marseille, et son futur ex-directeur sportif Medhi Benatia en avril 2026. ALEXANDRE DIMOU / REUTERS
Alors pour Marseille demeure l’espoir. Celui de sauver, par on ne sait quel miracle, une saison entamée par la bagarre entre Jonathan Rowe et Adrien Rabiot, qui donnait le ton des rebondissements improbables à venir. Les déplacements à Nantes (2 mai) puis au Havre (10 mai) sont des matches abordables, si tant est qu’il y en ait encore pour une équipe aussi malade. L’exercice se conclura par, hasard du calendrier, la réception de Rennes (17 mai), pas à l’abri d’être rattrapé par l’OM. «Ça va être dur. Mais on ne doit rien lâcher», a persisté Beye. L’atmosphère ambiante invite pourtant à se demander si l’Olympique de Marseille n’a pas, au fond, déjà lâché.